Dispositif Sentinelle : santé mentale et exclusion

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Sentinelle

 

Aujourd'hui, les intervenants "du champ social" sont venus nombreux à la réunion mensuelle du dispositif "Sentinelle Santé Mentale Exclusion". Six professionnels en tout. Ils sont conseillers d’insertion dans les communes environnantes, intervenants sociaux chez les bailleurs ou assistantes de service social dans les structures du Conseil Général (EDS). Ils viennent chercher des conseils et de l'aide pour gérer des situations sanitaires et sociales difficiles qu'ils rencontrent dans l'exercice de leur travail. Avec des problématiques de santé mentale qui peuvent être lourdes.

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C'est Carl Chesneau, le coordinateur adjoint du Réseau de santé de Créteil Solidarité qui les reçoit. Il est le chef d'orchestre du dispositif "Sentinelle Santé Mentale et Exclusion". Il a une très bonne connaissance des tissus sociaux, des dispositifs existants et une bonne vision du champ social et des problématiques de santé mentale.

<<"Sentinelle" est un dispositif d'accompagnement des professionnels "du champ social". Ils se retrouvent en première ligne mais n'ont pas la possibilité de traiter seuls la grande exclusion liée à des problématiques de santé mentale et/ou de psychiatrie. "Sentinelle" offre à ces professionnels un espace d'échange et de discussion avec le groupe de liaison. Ce groupe est composé de professionnels de santé et de l'action sociale. Il se réunit régulièrement  autour du psychiatre référent du réseau avec la participation des équipes des services de psychiatrie partenaires sur le territoire concerné (Hôpital Albert Chenevier).>> nous précise Carl.  C'est un réseau qui permet de faire du décloisonnement entre le médical et le social.

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Et justement ce matin, Justine Amant, travailleur social à l'Aide d'urgence du Val-de-Marne (association AUVM) est confrontée à un problème de grande détresse sociale, doublé a priori d'une lourde problématique de santé mentale. Cela fait déjà plusieurs mois que ce dossier est suivi au sein du dispositif "Sentinelle". Ce sont un frère et une sœur, Paul et Monique, ils vivent dans le même logement. Et dans le cadre d'un programme de réhabilitation du quartier, le logement va être démoli. Il a donc fallu renouer le contact. Mais Paul, sorti des radars depuis plusieurs années est en grande détresse. Il présente des troubles psychiques qui sont encore difficiles à bien diagnostiquer pour permettre aux professionnels de s’accorder sur la « meilleure » conduite à tenir et proposer des pistes d’amélioration et de prise en charge concertée.

<<On s'est alors rendu compte qu'il y avait ce monsieur qui était enfermé chez lui et qui n'était pas bien du tout, nous précise Justine Amant. Il avait des problèmes d'hygiène et de cohérence dans l'élocution. Cela faisait environ 10 ans qu'il n'était pas sorti de chez lui, il n'avait aucun suivi médical, aucun droit ouvert, aucun papier, aucune ressource. Sa sœur l'aidait à vivre.

Dans le travail social, on est formé à comprendre les situations sociales difficiles mais les pathologies psychiatriques sont très peu abordées. Il nous manque des clés. Le dispositif "Sentinelle" m'a aidé à mieux appréhender cette situation difficile grâce à l'appui des psychiatres du groupe.>>

Sentinelle-CRLe psychiatre référent, c'est Christophe Recasens. C'est à lui que revient la délicate mission de la "consultation virtuelle". Car les "patients", le psychiatre ne les voit jamais. C'est au travailleur social de présenter le tableau de la situation.  

<<Accueillir et soutenir des professionnels du champ social qui amènent une demande complexe est la première de nos missions, nous précise-t-il. La personne concernée n'est pas là mais le récit que va nous faire le travailleur social va nous permettre de faire une évaluation de la situation.  On va notamment évaluer la situation psychologique. Est-ce que la personne est capable de s'exprimer ? Sa pensée est-elle cohérente ? Comment se considère-t-elle ? Prend-elle soin d'elle-même ? Quelle compréhension a-t-elle de ses droits ? C'est donc une évaluation des troubles, voire même des risques à laquelle nous  essayons de procéder ainsi qu'à une évaluation fonctionnelle : qu’est ce que la personne est en mesure de faire ou de ne pas faire ?
À partir de là, on va pouvoir aider le travailleur social et lui donner des clés pour établir une relation avec la personne souffrante.>>

Et aujourd'hui, les nouvelles sont plutôt bonnes du coté de Paul et Monique. La relation avec le frère souffrant est rétablie.

<<Paul est sorti de l’hôpital, un suivi médical et un étayage ont été mis en place. Il a complètement changé et a repris  le contrôle de sa vie. Nous serons présents jusqu'au relogement>> ajoute Justine Amant. <<C'est notre mission première mais on voit que Paul a déjà retrouvé toute son autonomie. Et je peux dire aujourd'hui qu'avec l'aide du dispositif Sentinelle, nous avons réussi un travail remarquable.>>

Sentinelle-BE-2Pour Bernard Elghozi, président de Créteil Solidarité : <<le dispositif "Sentinelle Santé Mentale Exclusion", qui est à la fois un groupe d'analyse des pratiques pluriprofessionnelles autour de situations complexes, un groupe d'aide aux aidants et une école de pratiques, a su pleinement trouver sa place et son utilité sur notre territoire. 

Et c'est bien là, l'essentiel.>>

* Pour garder l'anonymat des patients, les prénoms ont été volontairement modifiés.

Reportage effectué en juin 2014 par web-reporters.fr

 

Pour en savoir + / disponible en téléchargement :

Dispositif  "Sentinelle Santé Mentale Exclusion" - Bilan d’activité 2013 (pdf).
Fiche de signalement / demande d’intervention "Sentinelle Santé Mentale Exclusion" (pdf).