Journée ordinaire à Créteil Solidarité

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Ce matin, la petite salle d'attente de Créteil Solidarité est pleine. Voila maintenant plus de 25 ans que l'association accueille des publics en situation de vulnérabilité. Et malheureusement, l'affluence ne se dément pas. Il faut dire que la structure est un centre associatif de consultations médicales et sociales pour les personnes en difficulté d'accès aux soins.

<< C'est à partir d'actions d'information et de prévention que l'on a effectuées auprès des partenaires du territoire que les gens viennent ici >> précise Valérie Sorge, l'assistante sociale. <<Il y a un système de bouche à oreille. Le message passe ensuite rapidement et lorsque quelqu'un est malade, ils savent qu'une réponse appropriée peut être apportée à Créteil Solidarité. Ils peuvent voir un médecin ainsi qu'une assistante sociale rapidement et sans rendez-vous.>>

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La petite équipe a une organisation bien rodée. Sous la houlette de Sylvie Ané, cadre de santé du CHI Créteil avec l'aide du Dr Jacques Cittée, médecin référent, l'équipe pluridisciplinaire s'attache à répondre à des situations d'urgence. C'est Émeline et Samira qui sont les premiers contacts avec l'association. Elles sont agents d'accueil et d'orientation. Elles ouvrent les dossiers administratifs pour les primo-consultants et organisent les circuits de consultations. << Et s'il y a une prise en charge à faire : pharmacie, laboratoire ou hôpital, on les oriente. Nous sommes un peu la porte d'entrée et la porte de sortie de l'association >> précise Émeline.

La première consultation se fait généralement avec l'assistante sociale. <<Mon rôle est de donner l'information concernant les droits administratifs>> nous explique-t-elle. Mais lorsque Fatoumata* entre dans le bureau, on sent que les besoins de cette patiente vont au-delà. Le regard dans le vide, Fatoumata explique qu'elle était partisane en RD Congo. En lutte contre le gouvernement en place, elle a été jetée en prison. Et après de longs mois d'errance entre Afrique et Europe, Fatoumata espère trouver à Créteil Solidarité une porte d'entrée pour un  accompagnement afin de lui permettre de repartir du bon pied.  Bien sûr, de son passé et de son histoire tumultueuse c'est avec la psychologue qu'elle va s'en entretenir.

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Pour Fatoumata, qui est en demande d'asile, il y a une possibilité de solliciter une couverture médicale universelle (CMU), <<mais comme le délai de traitement des dossiers est actuellement de 4 mois, nous ferons le relais le temps qu'elle obtienne une réponse>> précise Valérie Sorge. Pour ceux non éligible à la CMU, il est possible de solliciter l'aide médicale d'état (AME). << Il faut alors pouvoir prouver sa présence administrative sur le territoire français depuis au moins 3 mois, et l'association peut servir à attester de cette présence.>> nous rappelle l'assistante sociale.  En attendant, l'association Créteil solidarité peut faire le relais pour l'accès aux soins.

Comme beaucoup de demandeurs d'asile, Fatoumata consultera ensuite la psychologue Hélène Duteriez. <<La plupart des patients que je reçois sont des demandeurs d'asile qui ont vécu des traumatismes très graves dans leur pays.>> nous explique-t-elle. <<Mon rôle ensuite est de proposer un accompagnement à court terme avec une orientation si c'est nécessaire. Pour les personnes qui présentent un syndrome post-traumatique grave, nous avons ouvert depuis peu une consultation spécifique qui se fait en collaboration avec un médecin.>> L'accompagnement est alors plus long (6 mois environ), ce qui permet de traiter à la fois des problèmes physiques et psychologiques.

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Fatoumata passe ensuite en consultation chez le médecin.  Aujourd'hui, c'est le docteur Jacques Cittée qui consulte mais il y a aussi une équipe de médecins généralistes volontaires chargés d'assurer avec lui la permanence des consultations médicales. <<C'est d'ailleurs l'une des difficultés de notre travail, car il faut coordonner les actions de ce personnel intermittent.>> nous précise-t-il.

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L'état de santé de Fatoumata est satisfaisant mais ce n'est pas toujours le cas des personnes accueillies. <<le travail en réseau est très important pour trouver des réponses plurielles auprès de différents professionnels. Il faut régler les problèmes physiques, psychologiques mais aussi les problèmes liés à leurs difficultés sociales, car lorsque l'on est demandeur d'asile, on n'a pas beaucoup de moyens.>> ajoute le Dr Jacques Cittée.

La journée se termine au centre de consultations de Créteil Solidarité. <<Nous évitons ainsi aux personnes en grande précarité de passer par des structures hospitalières pour des demandes de soins courants. Ce n'est pertinent ni sur un plan médical ni sur un plan économique. La porte d'entrée chez nous est très large. On évite ainsi le renoncement aux soins qui peut avoir des conséquences dramatiques pour les personnes et la santé publique>>. Et c'est aussi là, tout l'intérêt de cette structure.

Fatoumata reviendra. Sûrement. C'était une journée ordinaire au centre de consultations Créteil Solidarité mais pour Fatoumata, c'était probablement bien plus.

* Pour garder l'anonymat des patients, les prénoms ont été volontairement modifiés.
Reportage effectué le 5 décembre 2013 par web-reporters.fr